mardi 15 janvier 2013

Tout va bien...

"Tout va bien".
Pendant très longtemps, c'étaient les premiers mots de Papa quand on allait voir des médecins.
La pédiatre au départ, puis la neuro-pédiatre ensuite.
Quand on arrivait tous les trois avec Maman, et que le médecin demandait comment ça se passait, invariablement, Papa répondait "Tout se passe bien. Tout va bien."

Même quand tous les matins, lorsqu'il m'habillait, je me débattais...
Même quand je mordais ma petite sœur.
Même quand je leur avais pourri leurs vacances parce que je ne voulais rien faire.
Même quand je vomissais à tous les repas...
Même quand je refusais qu'on me coupe les cheveux ou les ongles et qu'ils étaient obligés de me tenir à plusieurs pour y arriver.
Même quand je piquais des crises dans la rue devant tout le monde...
Même... Tout le temps en fait...

Tout allait toujours bien. Il est comme ça Papa. Il fait un peu la politique de l'autruche.
Genre : "Peut-être que si je ne dis pas qu'il existe, le problème disparaîtra tout seul..."
Sauf que là le problème c'était moi et qu'ils ne vont pas se débarrasser de moi aussi facilement !!!

Bref. Un jour, maman en a eu marre... Elle a dit à papa que justement, s'il y avait bien quelqu'un a qui on pouvait en parler, c'était le médecin.
En fait, ils en parlaient pas tellement autour d'eux. Ni à la famille, ni à leurs amis.
Ils en parlaient peu pour plusieurs raisons.
D'abord, ils ne voulaient pas avoir l'air de se plaindre tout le temps... C'est pénible quelqu'un qui a toujours quelque chose qui ne va pas... Au bout d'un moment, t'as plus envie de le voir parce que tu te dis que si tu le vois, il va encore se plaindre...
Ensuite, ils se disaient que se plaindre auprès de tes proches, ça fait pas forcément avancer le truc... Ça défoule, mais au fond ça sert à quoi ?
Juste à inquiéter les gens...
Et puis enfin, quand les choses vont mal, t'as deux solutions. Soit tu passes ton temps à te plaindre et ça t'aide pas à aller mieux, soit tu décides que de toutes façons t'as pas le choix et qu'on est toujours plus heureux en souriant qu'en faisant la gueule...

Bon. Mais là avec le médecin, c'était pas pareil. Elle était là pour ça... Pour qu'on lui dise ce qui n'allait pas. Et y en avait des choses qui n'allaient pas...
Donc maman a dit à papa qu'à la prochaine consultation, il avait juste le droit de se taire...
Et il s'est tu.
Et maman a pu dire tout ce qui n'allait pas...
Et après, à chaque fois, c'était maman qui parlait. Papa avait compris que faire le politique de l'autruche avec les proches c'est bien, mais avec le médecin, c'est pas la peine...

Maintenant, ça va beaucoup mieux. Je suis beaucoup plus calme et ce qui inquiète Papa et Maman, ce n'est plus la vie de tous les jours, mais le futur...
Mais ça, c'est une autre histoire...
Et papa, quand on va voir la neuro-pédiatre, peut dire en toute tranquillité "Tout va bien !". C'est même plus un mensonge.
Et le futur... Et ben... le futur... C'est pas tout de suite hein ?
Alors Papa et Maman, ils se disent qu'ils ont le temps de le voir venir le futur....


....ou pas...


4 commentaires:

  1. C'est pas facile de dire.
    Mais dire c'est pas se plaindre.
    Et des fois les Zôtres ils accueillent les dires, simplement.
    Et puis dire parfois c'est pouvoir faire un pas, puis un autre, puis encore un autre.

    J'aime les mots ceux qu'on qu'on dit, ceux qu'on écrit. Je suis sûre qu'ils permettent d'avancer.

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    1. Écrire c'est bien. Personne pour contredire :)

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